Allocution de M. Alain CLARY

Maire de Nîmes

Député du gard

 

Mardi 16 décembre 1997 - Hôtel de Ville

 

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

C’est au printemps 1900 que, sous la présidence du Maire de Nîmes, Emile REINAUD, il fut procédé à l’inauguration officielle de la statue d’Alphonse DAUDET.

 

L’hommage, s’il fut solennel, n’eut rien d’apprêté. L’admiration, pleine d’un chaleureux respect, la tendresse filiale pour l’auteur du « Petit Chose » et des « Lettres de mon moulin », surgissent encore dans leur fraîche sincérité, des paroles qui furent alors prononcées.

 

Et parce que, dans le déchirement de l’exil familial vers les brumes lyonnaises, le jeune Alphonse DAUDET emportait, avec la fleur rouge d’un grenadier serrée sur son cœur, le souvenir à jamais ému de sa cité, celle-ci, en retour, lui rendit, et lui a conservé, au travers de décennies qui forment un siècle aujourd’hui, une passion sans ombrage, une fidélité sans oubli.

 

Ecoutons un instant, Monsieur Emile REINAUD.

 

Avec lui, contemplons Alphonse DAUDET, dans, je le cite : « cette attitude pleine d’abandon et de simplicité, qui lui fut si habituelle pendant les dernières années de sa vie. Travailleur absorbé, il note telle observation rare, il inscrit sur son carnet la pensée, l’exclamation, le cri, le geste qui caractériseront un type. On devine la fantaisie et la tendresse, l’esprit et les larmes, le réalisme et le romanesque à la fois. Ce charme qui se dégage de la statue, comme il se dégageait jadis de DAUDET lui-même, on sent qu’il va passer dans sa prose ailée (...) ».

 

Non, l’hommage qu’avec leurs édiles, toute une ville et toute une population rendirent à Alphonse DAUDET, n’a rien perdu de la force de sa vérité.

 

Le temps, qui juge de bien des matières, a conforté la stature d’un écrivain qui, de son vivant, s’acquit un juste rayonnement, au travers de ses romans, avant que la diversité de son œuvre établisse, dans les esprits, celle de son talent.

 

Je veux redire ici, devant vous, les raisons profondes qui nous conduisent à ce devoir de mémoire.

 

Elles tiennent, pour l’essentiel, à notre attachement à la riche personnalité d’un auteur dans lequel nous reconnaissons plusieurs personnages, dont je veux à présent témoigner.

 

Il y a, premier d’entre eux, le DAUDET de Nîmes, celui dont l’enfance se passa à jouer « à la marelle sous la Porte Auguste, aux osselets dans les Arènes ou sur les marches du Temple de Diane ».

 

Celui qui, dans l’expérience cruelle du déracinement et de l’exil, puisa les impressions initiales, décisives, inoubliées de sa vie. Impressions dont l’écrivain fit la chair, la matière même de son imaginaire et de sa création.

 

Ces impressions, chacun d’entre nous, familier des « Rois en exil » ou de « Jack » sait qu’elles couvrent une géographie de nos quartiers ; que le silence lumineux, la vibration profonde de nos garrigues y creusèrent leur vive empreinte ; et que l’image de trop d’enfances sacrifiées à l’essor des filatures, y fixa son poignant souvenir.

 

Il y a, après ce DAUDET de Nîmes, le DAUDET de France, dotant notre littérature de quelques’unes de ses figures les plus attachantes et en nourrissant ainsi, la rayonnante originalité.

 

DE TARTARIN, dont Tarascon s’apprête à faire le procès plein, je le souhaite, de mansuétude et de bonhomie, à l’ARLESIENNE qui fut représentée au soir de l’inauguration de cette émouvante statue qui nous rassemble ;

 

Du PETIT CHOSE à ce colossal NUMA ROUMESTAN. Numa le tonitruant et le dévorant, dans lequel on perçoit, encore aujourd’hui et c’est le Député-Maire de Nîmes qui prend malice à le souligner, le symbole de l’homme politique méridional, c’est à dire, latin par excellence.

 

Et combien d’autres figures encore pourrions-nous citer, du révérend Père GAUCHER qui faisait « danser les moinettes » au sous-Préfet qui versifiait au champs.

 

Ajoutez, Monsieur SEGUIN ; ajouter le petit STENNE et ajouter enfin l’instituteur de la « Dernière classe » dont le patriotisme n’a pas fini de faire vibrer l’imaginaire républicain.

 

Il nous reste, et ces personnages familiers autours de nous, à présent rassemblés, nous y conduisent sereinement, à évoquer le DAUDET universel.

 

Ce DAUDET, fils de la lumière du Sud, « un des plus illustres parmi les enfants du Soleil », nous dit encore, notre prédécesseur Emile REINAUD, nourri au « lait de l’humaine tendresse », témoin de la brutalité de son temps à la manière d’un DICKENS, et dont Emile ZOLA rappellera qu’il était plein d’une « humanité frémissante ».

 

ZOLA qui, ouvrant le discours d’hommage funèbre qu’il eut honneur et charge de prononcer sur la tombe d’Alphonse DAUDET, le fit en ces termes :

 

« Mes mains sont pleines de couronnes et j’ai des fleurs sans nombre à déposer sur ce tombeau ».

 

Ces fleurs, des fleurs, nous en planterons en terre à notre tour, dans quelques instants, avec la rose nouvelle créée en hommage à l’auteur des « Contes du Lundi ».

 

« Où les grands hommes ont habité, écrit Alphonse DAUDET dans TARTARIN DE TARASCON, quelque chose d’eux-mêmes erre et flotte dans l’air jusqu'à la fin des âges. »

 

Quels mots, plus forts, plus beaux, plus justes, que ceux de l’écrivain lui-même qui nous rassemble, pourrais-je avancer en conclusion de mon propos.

 

Sans doute eut-il été surpris d’apprendre qu’un jour, ses compatriotes reconnaissants, les appliqueraient à son souvenir.

 

Puissent les générations qui nous succéderont garder vivant, garder entier, comme nous nous y efforçons nous-même, l’image de celui qui sut aussi s’apitoyer sur les humbles.

 

Et méditer l’éblouissant parcours de celui qui pratiqua ainsi « la religion de la souffrance humaine ».

 

Ce disant, je rejoins une ultime fois mon attachant prédécesseur, Emile REINAUD - et referme avec lui, avec vous, mais provisoirement, la page du sincère témoignage de l’affection que porte à jamais Nîmes au plus vénéré de ses enfants.

 

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