ALES

 

Situation géographique

 

Alès est une commune située dans le département du Gard et dans la région Languedoc-Roussillon. Elle est considérée comme la « capitale des Cévennes».

 

Influence du bref passage à ALES sur le jeune Alphonse

« Ce bagne d'Alès... pion et martyr » A.D.

 

En 1857, le jeune Alphonse de 17 ans, apprend brusquement qu'il ne terminera pas son année de philosophie à Lyon. A la suite de la faillite de son père, la famille se disperse.

Une bienveillante recommandation

On lui trouve une place de surveillant au Collège impérial d'Alès, obtenue par le cousin Louis Daudet, en mémoire de son oncle, l'abbé François Reynaud, principal de ce collège de 1813 à 1835.

Les stigmates de quatre mois passés au Collège d'Alès

L'expérience d'Alès, de mai à octobre 1857, est capitale dans la vie du jeune Alphonse. Le premier heurt d'un adolescent de vive sensibilité à l'existence rude et brutale des gens des Cévennes.

Elle représente sa première tentative de vivre en adulte, d'être autonome tout en gagnant mal sa vie. Pour la première fois, il est confronté aux humiliations et aux sarcasmes. 

« Oui, c'est bien moi, ce Petit Chose, obligé de gagner sa vie dans cet horrible métier de pion, et l'exerçant au fond d'une province, d'un pays de hauts fourneaux qui nous envoyaient de grossiers petits montagnards m'insultant dans leur patois cévenol, brutal et dur. »

«  Livré à toutes les persécutions de ces monstres, entouré de cagots et de cuistres qui me méprisaient, j'ai subi là les basses humiliations du pauvre. »

(Trente ans de Paris).

 

C'est un échec sur le plan personnel mais qui s'avèrera riche au point de vue littéraire. Il en fera d'abord une nouvelle :  « Le Maître d'Etudes », pochade féroce, puis les plus attendrissants chapitres de son premier roman « Le Petit Chose ».

 

 

 

L'arrivée

 

« Sarlande est une petite ville des Cévennes, bâtie au fond d'une étroite vallée que la montagne enserre de partout comme un grand mur. Quand le soleil y donne, c'est une fournaise ; quand la tramontane souffle une glacière. »

 « Alès c'est Sarlande où il arrive en diligence. »

« Le soir de mon arrivée, écrit-il, la tramontane faisait rage depuis le matin, les rues étaient noires et désertes. Sur la place d'Armes, quelques personnes attendaient la voiture... Le collège n'était pas loin de la place. Après m'avoir fait traverser deux ou trois rues silencieuses, l'homme qui portait ma valise s'arrêta devant une grande maison où tout semblait mort depuis des années ».

« C'est ici », dit-il en soulevant l'énorme marteau de la porte...

Le marteau retomba lourdement, lourdement... La porte s'ouvrit d'elle-même... Nous entrâmes.

J'attendis un moment sous le porche  dans l'ombre. L'homme posa sa malle par terre. Je le payai et il s'en alla bien vite... Derrière lui, l'énorme porte se referma lourdement, lourdement... ».  Le Petit Chose

 

 

Le Café Barbette

 

A Alès, Daudet court les cafés, mais aussi les demoiselles...Il se livre à quelques débordements... il fume comme un grand et s'adonne aux délices de l'absinthe. Tous ces excès vont lui causer bien des désagréments et les réactions sont vives dans cette petite ville provinciale.

Le café Barbette portait l'enseigne café Anténor, mais tous l'appelait Barbette du nom de son tenancier. Plus tard, il s'appela café de la Cascade, puis disparut vers 1830.

 

« Le café Barbette était situé sur la place d'Armes. Les sous-officiers de la garnison le fréquentaient et ce qui frappait en entrant, c'était la quantité de shakos et de ceinturons pendus aux patères » Pléiade p38.

 

« Hélas, je me laissai tenter. Nous allâmes au café Barbette. Il était toujours le même, plein de cris, de fumées, de pantalons garance,... «  Les amis de Roger me reçurent à bras ouverts. Il avait raison, c'étaient des nobles cœurs ! Moi aussi, j'étais un noble cœur. Je fis venir un punch, on but à mon triomphe ». Pléiade p. 71

 

C'est le cœur de la ville où se côtoient toutes les professions qui s'y donnent rendez-vous pour l'apéritif, petits boutiquiers, gros bourgeois, ou ces fermiers cévenols aux têtes dures et craquelées comme leurs garrigues, jeunes modistes qui rient et flânent en se tenant la taille, des fileuses qui reviennent de l'usine en tricotant de leurs doigts rongés par l'eau bouillante...

 

La Prairie

 

« D'habitude, nous allions à la Prairie, une grande pelouse qui s'étend comme un tapis au pied de la montagne, à une demie-lieue de la ville.
Quelques gros châtaigniers, trois ou quatre guinguettes peintes en jaune, une source vive coulant dans le vert, faisaient l'endroit charmant et gai pour l'œil.

Il aurait fait si bon de s'étendre sur cette herbe verte, dans l'ombre des châtaigniers et se griser de serpolet, en écoutant chanter la petite source !...

Au lieu de cela, il fallait surveiller, crier, punir... J'avais tout le collège sur les bras, c'était terrible... ». Pléiade p.44

 

La guinguette d'Espéron

« Cette guinguette était un endroit louche et de mauvais renom où les débauchés de Sarlande faisaient leurs parties fines....
« La maisonnette avait l'air honteuse du vilain métier qu'elle faisait (…).

Je reverrai toute ma vie la verdure morte qui la tapissait, son  sol boueux et sale, sa petite table peinte en vert et ses bancs de bois ruisselants d'eau...
A travers la neige dont elle était chargée, le jour passait à peine ; la neige fondait lentement et tombait sur ma tête goutte à goutte.

 

C'est là, c'est dans cette tonnelle noire et froide comme un tombeau que j'ai appris combien les êtres peuvent être méchants et lâches »(...). Pléiade p.84

 

Un incident douloureux

 

« Un de mes petits, nature fine, choisie, auquel je m'étais attaché, m'avait fait promettre de passer mes vacances chez lui à la campagne. Mais, le jour des prix, la famille me regarda à peine, et le pauvre petit s'en alla les yeux gros, tout honteux de sa déception et de la mienne. Minutes humiliantes qui fanent, déshonorent la vie.
J'en tremblais de rage dans ma petite chambre tandis que la voiture emportait l'enfant chargé de couronnes et les épais bourgeois qui m'avaient si lâchement blessé. »

Extrait de l'Histoire de mes Livres.

 

Les grandes vacances d'août 1857 à LASALLE

 

Il faut souligner l'importance de ses vacances d'été à Lasalle où Alphonse trouve un peu de réconfort auprès de ses trois gracieuses cousines, Maria, Joséphine et Octavie.

Maria, la prima dona ; Joséphine, la gracieuse miss ; Octavie, la belle provençale.

C'est à elles que Daudet dédia, dans la première édition, les « Amoureuses » publiées en 1858, trois poèmes :

La Perle des Vallons, en hommage à ses trois cousines,

Les Petits-Enfants, dont la famille Gibelin possède un manuscrit.
Les Prunes,
récité dans les salons de l'Impératrice Eugénie.

 

« Si vous voulez savoir comment,

Nous nous aimâmes pour des prunes,

Je vous le dirai doucement,

Si vous voulez savoir comment

L'amour vient en dormant

Chez les bruns comme chez les brunes

En quelques mots, voici comment

Nous nous aimâmes pour des prunes. »

 

Le Départ

 

Un mois après la rentrée scolaire de septembre 1857, Alphonse Daudet quittait brusquement le collège pour rejoindre son frère Ernest qui venait de s'installer à Paris et qui, à son appel au secours, avait simplement répondu :

« Viens ! ».

Finis l'enfer scolaire, les élèves tapageurs et insultants, les punitions sans effets, l'autorité contestée, le mépris de ses collègues, les histoires scabreuses...

 

« Et maintenant, adieu pour toujours, grand collège enfumé, fait de vieux fer et de pierres noires : adieu, vilains enfants ! Adieu règlement féroce ! Le Petit Chose s'envole et ne reviendra plus (…). Fouette cocher ! Sonne trompette !

Bonne vieille diligence, fais feu de tes quatre roues, emporte le Petit Chose au galop de tes trois chevaux... Emporte-le bien vite dans sa ville natale pour qu'il embrasse sa mère, et qu'ensuite il mette le cap sur Paris et qu'il rejoigne au plus vite Eysette (Jacques) dans sa chambre du quartier latin ! ».

Pléiade p.95

 

Les blessures de l'enfance ne se cicatrisent jamais...

 

« Longtemps, après ma sortie de ce bagne d'Alès, il m'arrivait souvent de me réveiller au milieu de la nuit, ruisselant de larmes ; je rêvais que j'étais encore  pion et martyr. Par bonheur, cette dure entrée dans la vie ne m'a pas rendu méchant ; et je ne maudis pas trop ce temps misérable qui m'a fait supporter légèrement les épreuves de mon noviciat littéraire et les premières années de Paris ». Trente ans de Paris

 

 

Le Cercle d'ALES..... 23 ans après

 

« Après dîner, ces braves cévenols avaient tenu à me montrer leur cercle.

C'était l'éternel cercle de petite ville, quatre pièces en enfilade au premier d'un vieil hôtel qui avait vue sur le mail, de grandes glaces passées, du carrelage sans tapis, et çà et là sur les cheminées, où traînaient des journaux de Paris, datés de l'avant-veille, des lampes en bronze, les seules de la ville qu'on ne souffle pas au coup de neuf heures ».
« … je vis entrer une vingtaine de solides montagnards gantés de frais avec des gilets échancrés, des cols ouverts et des essais de frisure à la russe qui les faisaient ressembler tous à de grosses poupées fortement coloriées.

C'était ce que vous pouvez imaginer de plus comique.
Il me semblait que j'assistais à une pièce très parisienne de Meilhac ou de Dumas fils, jouée par des amateurs de Tarascon et même plus loin.

Toutes les lassitudes, les airs ennuyés, dégoûtés, ce parler veule qui est le suprême chic  parisien, je les retrouvais à deux cents lieues de Paris, exagérés encore par la maladresse des acteurs. » Souvenirs d'un homme de lettres.

 

Entre vérité et fiction

 

Dans les quelques pages écrites sur ce que fut en réalité le séjour d'Alphonse Daudet à Alès,  le Chanoine Marcel Bruyère, en a fait l'analyse suivante : « Ce serait oublier que « Le Petit Chose » est surtout une œuvre d'imagination. S'il n'est pas toujours vrai d'une froide vérité historique, il l'est en ce sens qu'il exprime des sentiments profondément humains dont certains nous attristent et d'autres nous amusent. Ces sentiments, ce sont les souffrances causées par les rudes nécessités auxquelles contraint le besoin de gagner sa vie, les humiliations de l'amour-propre vexé, le vide affreux laissé par les trahisons d'une fausse amitié. Ce sont encore les émotions que fait naître une idylle qui s'ébauche et que rompt si vite un ridicule incident ; une naïveté facilement dupée, d'amusantes prétentions à agir en homme, alors qu'on n'est qu'un enfant ».

 

Histoire

 

En 1629, Louis XIII assiège  « ALAIS », (ALES), haut-lieu de la résistance protestante.
Richelieu accorde aux protestants la paix d'Alès et leur confirme les garanties religieuses de l'Edit de Nantes.

 

PATRIMOINE

 

La cathédrale Saint Jean-Baptiste d'Alès

 

Cette cathédrale, édifiée sur les restes d'une église carolingienne (autrefois emplacement d'un temple gallo-romain), a la particularité de posséder un clocher porche (massive tour carrée).

Il est surmonté d'un campanile en fer forgé datant de 1776.

La nef est couvertes de voutes sur croisées d'ogives dont la hauteur de 20 mètres est impressionnante.

 

L'église Notre-Dame de l'Assomption de Rochebelle

 

L'église Saint-Joseph

 

L'église Saint-Eloi de Tamaris

 

L'église Sainte Bernadette

 

La Chapelle de l'Ermitage Notre-Dame des Mines, surmontée d'une statue de la Vierge en fonte peinte en blanc.

 

Le temple protestant.

 

FESTIVITES et MANIFESTATIONS CULTURELLES

 

Début mars, le Festival Cinéma d' Alès Itinérances propose plus de 200 films dans six salles et accueille 45000 visiteurs.

 

Week-end de l'Ascension, Féria d'Alès.

 

Dernière semaine de juillet, les Fous Chantants d'Alès.
Des choristes (1000) travaillent sous la direction de chefs de chœur internationaux.

 

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