NIMES et la LITTERATURE

à travers ALPHONSE DAUDET, l'enfant du Pays

 

 

« Tout petit je jouais à la marelle sous la porte d'Auguste, aux osselets dans les Arènes et sur les marches du Temple de Diane ».

 

Nîmes tient une place de tout premier plan dans la vie d'Alphonse Daudet, c'est sa ville de naissance, celle de son enfance, celle qu'il écrira avec tant de poésie.

Alphonse Daudet naquit à Nîmes le 13 mai 1840, au deuxième étage de la maison Sabran, n° 24 du Petit Cours, aujourd'hui 20, boulevard Gambetta.

 

 

 Il fut baptisé le 16  mai à la Cathédrale Saint-Castor.

 

Dans son célèbre roman « Le Petit Chose »,  écrit au Mas Saint-Laurent à Jonquières St Vincent voici ce qu'il dit : « Je suis né le 13 mai 1840, dans une ville du Languedoc où l'on trouve, comme toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de poussière, un couvent de carmélites et deux ou trois monuments romains... ».

La  famille du petit Alphonse  était issue de la bourgeoisie nîmoise, le père Vincent avait fait un riche mariage avec Adeline REYNAUD, fille de soyeux. Les affaires étaient prospères.

 

Les Domiciles nîmois

La première demeure grande de belle apparence était la maison Sabran. Le père d'Alphonse y avait son magasin de vente de soies et son atelier d'ourdissage au premier étage qu'il partageait avec un cousin fabricant de châles.

 

Les affaires devenant de plus en plus difficiles, la famille Daudet déménagea et alla s'installer en face de la leur :  « la maison dite VALLONGUE ». Disposée de plain-pied, plus petite, mais d'aspect aristocratique,  elle présente quatre fenêtres sur le Cours et une entrée au numéro 1 de la rue Graverol.

La Fabrique

En 1847, les affaires périclitent. Le petit Alphonse a 7 ans.
Ils émigrent hors de la ville, au chemin d'Avignon (aujourd'hui rue de Beaucaire), pour occuper une maison d'habitation jouxtant les bâtiments de leurs ateliers d'impressions de tissus.

 

Petit enfant très rêveur et imaginatif, Alphonse en fait son royaume.

Les bassins de la fabrique ont joué un rôle considérable.

 

Ecoutons Daudet : « Dans la fabrique de mes parents, aux portes de Nîmes, fabrique de tissus où je suis né, dont je parle longuement dans le Petit Chose, il y avait des bassins et un réservoir où les ouvriers lavaient les étoffes. L'eau de ce réservoir était huileuse, teintée de vert, de jaune ».

 

Il y aura encore un déménagement, le dernier rue Séguier, face à l'ancienne Académie de Nîmes.

 

Il aimait parcourir les rues de Nîmes, aller place de la Curaterie, aujourd'hui  place du Grand Temple, avec son cousin Léonce Vermez, fils de sa tante Zoé-Agathe Reynaud qui avait épousé Mercel Vermez, apothicaire.

 

Les Ecoles

 

Alphonse fréquenta deux établissements scolaires. D'abord, l'école des Chers Frères, ensuite l'Institution Canivet.

 

Le mazet

 

 

En plus du jardin de la fabrique, les Daudet possédaient au temps de leur prospérité un mazet on l'appelait « la Vigne ».

 

« C'était la vigne, petite propriété située aux portes de la ville, parmi les mazets épars dans les garrigues, toute rôtie  par le soleil et qui ne nous offrait d'autre abri qu'un kiosque en treillage où nous avons soupé en famille durant les soirs d'été, après avoir passé de longues heures à manger des raisins, œillades et clairettes. Mon frère et moi d'Ernest Daudet.

 

La Pharmacie

Un endroit qui a compté pour Alphonse Daudet est la pharmacie de son oncle Vermez, située rue de la Curaterie, à l'angle de la rue de Trélis.

Là, dans cette maison, il retrouve un lieu familial et aimant avec ses trois cousins : Emma, Marie et Léonce.

Toute sa vie, Alphonse séjourna dans cette maison lors de ses venues à Nîmes.

 

La Tour Magne

                  

 

Le petit Alphonse était un enfant espiègle et voici le récit de son escapade à La Tour Magne telle qu'il la raconta, bien des années plus tard, à son cher ami Batisto Bonnet.

 

« ...J'avais quatre page d'histoire de France à réciter le lendemain. Il s'agissait de les savoir par cœur. C'était jeudi, je me mis en tête d'aller les apprendre là-haut à la Tour Magne.

Avec l'espoir que rien ne viendrait m'y distraire, muni d'un morceau de pain, de raisins secs et de quelques figues blanquettes sans que ma mère ait pu se douter de mon projet, je m'éloignai de la maison.
Me voyez-vous, quittant la fabrique de mon père, avec mon livre sous le bras, les poches rebondies de provisions, le képi sur l'oreille ? Je n'étais pas plus haut que ma table et je faisais le personnage important, le déluré. Je ris encore en y songeant aujourd'hui.

Je m'arrêtai un instant devant les Arènes, un peu devant la Cella gréco-romaine que nous appelons la Maison Carrée

 

 

 

. Je saluai « Pleut-il ? » la statue de l'empereur Antonin, que les nîmois ont ainsi baptisée à cause du bras tendu du monarque,

 

le temple de Diane, la source sainte et le dieu Nemausus.

 

 

 Puis, lorsqu'il me parut que j'avais assez fait mon connaisseur, partout où les hommes doctes perdent encore leur latin, d'un pas assuré, je m'écartai de la Fontaine, et, dévisagé par les promeneurs, je m'élançai hardiment vers les sentiers qui grimpent en serpentant vers le sommet de la Tour. Oh ! Je devais la payer cher, cette crânerie de galopin !.

 

La ville de Nîmes s'étalait à mes pieds, comme un lézard au soleil : je l'imitai et m'étendis sur le sol, j'ouvris mon Histoire de France et tout doucettement, en apprenant ma leçon, je m'endormis sur l'étude de Clovis et du Vase de Soissons.

A mon réveil, je n'y vis plus. Il faisait nuit, une nuit sombre ; il n'y avait pas une seule étoile au firmament ; le ciel était couvert comme un pot de miel. Je ne savais plus où j'étais, j'essayai vainement de m'orienter.

Quelles bonnes jambes et quelle souplesse de jarret il me fallait pour dévaler de ce sommet, en courant, sans me rompre les os !

La peur est terrible, mais elle permet d'accomplir de ces prouesses prodigieuses.


Je traversai la ville de Nîmes sans reprendre haleine ; j'allais toujours éperdu ; quand je retournais la tête, il me semblait, en voyant les feux des réverbères trouer la nuit, qu'une tribu de loups aux yeux phosphorescents me poursuivait. Extrait du livre « Le Baïle » de Batisto Bonnet.

 

Les Arènes

 

Un autre lieu magique pour Alphonse Daudet.

 

« … Son enfance avait vécu là ses meilleures heures tout en joies et en désirs. Oh ! Les dimanches de course de taureaux, la flânerie autour des grilles avec d'autres enfants pauvres comme lui, n'ayant pas les dix sous pour prendre un billet. Dans le soleil ardent de l'après-midi, le mirage du plaisir défendu, ils regardaient le peu que leur laissaient voir les lourdes murailles, un coin de cirque, les jambes chaussées de bas éclatants des toreros, les sabots furieux de la bête, la poussière du combat s'envolant avec les cris, les rires, les bravos, les beuglements, le grondement du monument plein.

Extrait de « Numa Roumestan » de Daudet.

 

L'enclos du Roi

 

Un autre quartier de Nîmes que la famille Daudet connaissait bien, appelé l 'Enclos du Roi. Ce faubourg artisanal et ouvrier était situé sur les pentes du mont Duplan  sur lesquelles se trouvaient plusieurs moulins.

« …. Ce qui dominait du quartier ouvrier bourdonnant et serré comme une ruche, c'était la butte pierreuse sur laquelle on avait bâti et quelques vieux moulins à vent abandonnés, anciens nourriciers de la ville, que l'on conservait pour leur longs services, dressant là-haut le squelette de leurs ailes comme de gigantesques antennes brisées, et laissant se détacher et fuir leurs pierres dans le vent, le soleil et l'âcre poussière du midi.... ». Extrait de « Les Rois en exil » d'Alphonse Daudet.

 

Gastronomie

La Brandade spécialité nîmoise dont Daudet régalait ses amis.

 

 

Ecoutons Daudet dans « Numa Roumestan «.... la vraie blanche, pilée fin, crémeuse, une pointe d'aïet, telle qu'on la fabrique à Nîmes d'où les Mèfre la font venir. Elle arrive le jeudi soir par le « Rapide » et se distribue le vendredi matin dans Paris à tous les bons clients inscrits au grand livre de la maison ».

 

Il fut nommé Président de la Société « La Brandade », fondée par des amis gardois exilés à Paris. Lors de l'inauguration, Daudet malade, envoya son grand ami Batisto Bonnet pour lire son discours écrit en français, provençal et en langue d'oc.

 

Les Croquants de la Pâtisserie « Villaret ».

 

Aujourd'hui, nous pouvons trouver ces fameux biscuits dont Alphonse Daudet se régalait à la Maison Villaret  fondée en 1775 au 13 de la rue de la Madeleine.

 

Ecoutons Daudet : « … A Nîmes, tout petit, mon régal, ma gourmandise, quelque chose de super exquis dont le souvenir chatouille encore ma muqueuse, c’était, dans un cornet blanc, chez le pâtissier Villaret, deux sous de croûtes de muraille. Il y avait de tout, dans ses croûtes divines, des restants de Minerve, des raclures de coques, de berlingots, de barquettes, même quelques crottes de souris ou de barbarotes, et tout cela formait un ensemble, un fondu croustillant et friand dont je n'ai jamais pu retrouver l'équivalence ».

 

Pour tous, Daudet restera à jamais l'Eternel Daudet.

 

Le seul écrivain, en son temps, à faire chanter la Provence car il en perçoit toutes les vibrations mystérieuses, toutes les colorations secrètes, toute la lumière.
Le seul écrivain à parler avec l'accent nîmois, comme disait le duc de Morny « Une légère pointe d'ail qu'il devait à son Midi ».

 

 

 

Son Midi qu'il ressent comme un manque.  Sa ville de naissance, Nîmes, à qui il reste attaché viscéralement.

 Cet enfant gardois dont les paroles nous restent en mémoire dans notre littérature française jusqu'à l'éternité : « A la moindre émotion, je sens en moi un Midi souterrain qui vibre et me redonne le  la de ma race. »

                

 

 

            

 

Monique Degrave

 

Présidente de la Fédération Eternel Alphonse Daudet

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