SAINT ALBAN AURIOLLES

 

 

Situation géographique

Saint Alban Auriolles est une commune située dans le département de l'Ardèche et de la région Rhône-Alpes.

 

Découvrez l'histoire de la soie et de l'Ardèche d'autrefois dans le mas familial d'Alphonse Daudet.

 

BRANCHE MATERNELLE

Le Mas de la Vignasse devenu Musée Daudet.

 

 

 

Ce nom « vignasse » illustre la valeur de la langue occitane bien plus précise que le français. Vignasse signifie grande vigne.

 Le mas de la Vignasse fut acheté en 1645 par la famille Reynaus qui a force de travail développa le domaine et le fit prospérer par la fabrication de la soie.
Elle le conserva jusqu'en 1936, date à laquelle le journaliste et écrivain Roger Ferlet en fit l'acquisition.

 

Les Reynaud, cette famille, depuis longtemps installée à la Vignasse, où elle fit souche, aux confins du bas-Vivarais et des Cévennes, fut une famille prolifique.

Nous ne citerons que quelques-uns des descendants de l'ancêtre Jean Reynaud (1734-1824) qui avait eu neufs enfants :

 

Antoine-Henri Reynaud (1820-1895), « Lou Cassaïre), fut le prototype de Tartarin de Tarascon.

 

François Reynaud (1761-1835), prêtre, avait refusé de prêter le serment constitutionnel et émigra à Londres. Il en revint, entra à l'Université et devint principal du collège d'Alès (1813) qu'il releva de sa déchéance matérielle, méritant l'estime unanime des catholiques et des protestants.  Il réussit à conserver le collège où les Jésuites cherchaient à se réinstaller.
Il mourut à 71 ans, en 1835, du choléra, qu'il avait contracté en visitant les malades à l'hôpital.

Son souvenir était encore présent en 1857, lorsqu'Alphonse Daudet s'installé comme maître d'études au collège de Sarlande (Alais).

 

Jean-Baptiste Reynaud, né en 1769, commis chez Lemoine, chapelier de la cour, fit essayer des chapeaux à domicile à la Reine Marie-Antoinette, à la Princesse de Lamballe, à la Duchesse de Polignac.

Il s'engagea, plus tard, dans l'armée de Dumouriez et participa à la bataille de

Valmy. Il mourut à Nîmes, à 91 ans, au 19 avenue Feuchères.

 

Antoine Reynaud, né à la Vignasse, le 14 septembre 1766, est le grand-père maternel d'Alphonse.

A la mort de sa première femme, en 1795, il se fixa à Nîmes pour y pratiquer le commerce des soies. Il devint un des plus gros acquéreurs de soies du Midi, et son entreprise prospéra.

En 1796, il épousa, en secondes noces, une jeune veuve de 23 ans, d'une grande beauté, déjà mère d'un enfant, Françoise Robert.

Son premier mari, Jacques Tastevin, contre-révolutionnaire, avait été fusillé.
Elle ne pardonnera jamais ce crime à la Révolution.

Françoise, vive, intelligente, douée d'un sens très développé des affaires, grande dame, passionnément royaliste.

Elle meurt le 21 décembre 1832, après avoir eu d'Antoine Reynaud, cinq

enfants, dont Marie-Adeline, née le 18 janvier 1805, mère d'Alphonse Daudet.
Une sœur d'Adeline, Zoé-Agathe (tante Zoé), épouse du pharmacien Marcel Vermez, aura une bonne influence sur son neveu Alphonse.

 

 

 

Le Musée Alphonse Daudet installé à la Vignasse est fort bien signalé.
D'Alès, on y parvient en passant par Saint Paul le Jeune et en traversant le bois de Païolive.
Le mas de la Vignasse, mas des grands-parents maternels d'Alphonse où il est venu passer ses vacances, a été transformé en musée, ouvert au public depuis son inauguration par Armand Lanoux en 1953.

 

 

 Ce musée existe grâce au journaliste écrivain Roger Ferlet qui y rassemblera une foule de souvenirs de la vie et de l'œuvre d'Alphonse Daudet.

Roger Ferlet, issu par sa mère d'une famille paysanne de Montpezat, resta, même s'il grandit à Paris, très attaché à l'Ardèche qui sera au cœur de ses livres. Cet amour du terroir et des gens lui vaudra plusieurs prix littéraires, mais également Officier de la Légion d'Honneur, des Arts et des Lettres.

Fondateur de la « Vie du Rail », il a su donner une âme à ce journal.

 

Dès l'achat de ce domaine, il fut envoûté par les lieux et l'histoire de cette famille, les Reynaud.
Pendant des années, il va alors rassembler, avec passion et obstination, les pièces et collections présentes dans le Musée.

 

Amoureux de l'œuvre de Daudet, Roger Ferlet en 40 ans de recherches parvint à réunir des documents précieux entreposés en ce musée : toute une collection de manuscrits de l'auteur des Lettres de mon Moulin, portraits, lettres autographes (plus de 300) et de nombreux objets.

 

On trouve également au musée de la Vignasse d'anciens instruments agraires : des araires du temps de Louis XIV, une mesure à grains ancienne,

un alambic de brûleur fin XVIIIème siècle, un métier à tisser renaissance.

 

La Vignasse est un vieux mas conservé dans son état d'autrefois avec son ameublement rustique d'époque, ses curiosités, ses mille souvenirs de la vie d'antan, son architecture typique, son équipement complet, par exemple :

four à chaux, four à pain, four de fileuse, four à châtaignes...

 

 

Une collection unique d'instruments agronomiques du XVIIIème siècle, son matériel et sa magnanerie comportant plusieurs tables de cocons sur bruyère, soie en flotte, soie ouvrée, bourrette, dévidoirs, etc...
Le cycle complet du ver à soie.

 

Dans le musée où la présence de l'écrivain est sensible, le visiteur connaît un véritable enchantement.

 

A la mort de Roger Ferlet en 1983, sa femme tentera de maintenir seule le musée jusqu'en 1989.

Pensées de Roger Ferlet : « Il se peut que le seul temps que nous n'ayons pas perdu, c'est le temps que nous avons consacré aux autres ».
Pour pérenniser l'œuvre de son mari, elle proposa les bâtiments et les collections à la Municipalité de Saint-Alban Auriolles qui avec l'aide du Conseil Général de l'Ardèche put racheter le Musée.


Point de départ de la carrière littéraire de Daudet, le mas de la Vignasse a inspiré au poète adolescent les plus importants poèmes de son premier recueil : Les Amoureuses  paru en 1858.

 

Pensées sur Alphonse Daudet :

 

Alphonse Daudet a été ce qu'il y a de plus rare, de plus charmant, de plus immortel dans une littérature : une originalité exquise et forte, le don même de la vie, de sentir et de rendre, avec une telle intensité personnelle que les moindres pages écrites par lui garderont la vibration de son âme jusqu'à la fin de notre langue. Emile Zola.

 

Marie, ainsi se nomme l'héroïne des fameuses Prunes dans les Amoureuses.

 

Ecoutons ZOLA : « Il n'y a là qu'une poignée de fleurs cueillies dans la première jeunesse. Mas ces fleurs de l'enfance ont déjà un parfum très doux, et même une pointe d'originalité, où l'on flaire le talent ému et moqueur de l'écrivain ».
Marie, ainsi s'appelait donc sa jolie cousine Reynaud, son amoureuse de la Vignasse, cette Mariette avec qui il jouait enfant dans les bois et au bord de l'Ardèche, et qu'il n'a pas revue depuis huit ans, depuis le départ de Nîmes pour Lyon en 1849.

 

Jacques-Henry Bornecque, Professeur à la Faculté de Caen.

(Les années d'Apprentissage d'A.Daudet, p.91).

 

Extrait d'Ernest Daudet dans « Mon frère et moi » :

«  Quand, interrogeant ma mémoire, je cherche à me souvenir, de mon frère enfant, je vois un beau petit garçon de trois à quatre ans, avec de larges yeux bruns, des cheveux châtains, un teint mat et des traits d'une exquise délicatesse.
Je me rappelle en même temps des colères terribles, des révoltes quasi-tragiques contre les corrections qu'elles lui attiraient ».

 

Il faut souligner que le jeune Alphonse était myope, ce qui faisait dire à sa sœur de lait qu'il avait toujours l'aire de regarder en dedans de lui.
Alphonse était sensible, mais renfermé, ce qui ne l'empêchait pas de rentrer dans des colères folles, tendance héritée de son père.
Les qualités de l'homme ne devaient se montrer que dans l'adolescence. 

Bien souvent, il est « materné » par son frère Ernest qui signe les mots d'excuse à la place du père.
Un jour, Alphonse, frôle la catastrophe après un retour tardif.

Alors, l’enfant, pour éviter de se faire gronder et de voir le père entrer  dans une colère violente, lance un génial « le pape est mort » qui tétanise les parents, fervents catholiques.

« O maman... si vous saviez !...

                    Quoi donc ?... Qu'est-ce qu'il y a encore ?...

                    Le Pape est mort.

                    Le Pape est mort !... », fit la pauvre mère.

                    Oubliant soudain le jeune Alphonse, les parents se mirent à prier sans vérifier si cela était vrai.

                    Ce petit mensonge deviendra l'un des Contes du Lundi.

Ernest écrivait parlant des qualités de son frère :

 

« Elles dormaient encore chez l'enfant, dominée par une vivacité, une turbulence, une témérité qui faisaient toujours trembler notre mère quand elle ne le sentait pas accroché à ses jupes sous la surveillance de notre bonne.
Mais, en même temps, c'était la nature la plus droite, le cœur le plus généreux, l'esprit le plus éveillé.
Ah ! Le bon petit camarade que j'avais là ! »

 

Le 8 septembre 1829, Vincent épouse Adeline Reynaud, la fille d'un courtier en fil de soie bien plus riche que lui.

Par ce riche mariage, Vincent accède à une position sociale enviable sur Nîmes. Ainsi, il s'introduisait dans la société bourgeoise de la ville, peut-être avait-il recherché cette position dans son union avec Adeline ?

 

Pour Adeline, il en est tout autrement, c'est un mariage d'amour.

Elle mettra dix sept enfants au monde, des enfants mort-nés, des jumeaux qui meurent avant leur première année. Seuls quatre enfants survivront :

Le 9 mars 1832, Jacques-Marie Henri, le 1er juin 1837  Louis-Marie Ernest, le 13 mai1840 Louis-Marie Alphonse et le 3 juin 1848, une fille Marie-Josèphe-Agathe Anne.

 

 

PORTRAIT d'ADELINE par son fils Ernest

 

« Mince et frêle, avec de grands yeux tristes, après une enfance maladive, c'était une nature rêveuse, passionnée de lecture, aimant mieux vivre avec les héros des histoires dont elle nourrissait son imagination qu'avec les réalités de la vie : une âme de sainte, d'une mansuétude infinie... »

 

 

Les Reynaud descendent aussi de la montagne, avec une origine ardéchoise. Un ancêtre, Jeahan Reynaud se serait installé en 1645 dans le canton de Joyeuse.

Le grand-père d'Adeline, lui, s'était fixé à Nîmes en 1795.

 

Sous la Restauration Monarchique, les deux familles, celles des Reynaud et celles des Daudet, connaissent une véritable prospérité, et sont  catholiques et royalistes.

 

 

Avec l'arrivée de Louis-Napoléon Bonaparte, la famille Daudet est ruinée.

Il faut vendre l'argenterie au Mon-de-Piété.

 

 « Ma pauvre mère avait une robe si minable et mon père, dont je sentais la dégringolade, s'arrêtait à causer avec des gens si inférieurs, d'un si laid aspect, avec des femmes qui avaient des boutons sur la figure, de vilains maux... »

 Propos rapportés par Edmond de Goncourt dans : Jules et Edmond de Goncourt, Journal, op.cit.t.IIIp.528.

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