SERNHAC

Situation géographique

 

Sernhac est une commune située dans le département du Gard, à 4kms de Remoulins et du Pont du Gard.

 

Le roman de DAUDET : « AUDIBERTE ».

 

Historique : Daudet a dix neuf ans quand il présente à « Paris Journal », le texte d'Audiberte, son premier roman qui paraîtra en quatre épisodes les 9,14,16,18 juin 1859.  Le jeune Alphonse est sans doute inspiré par la  « Mireille » de Frédéric Mistral, mais on peut déjà entrevoir la trame de l'Arlésienne, bien que cette histoire soit tirée d'un drame vécu par la famille Mistral.
« Audiberte », c'est l'histoire d'une jeune gardoise partagée entre deux amours.
Elle en mourra ne pouvant être à celui qu'elle aime.
Si Mireille meurt aux Saintes Maries de la Mer, Audiberte s'en va mourir au Pont du Gard.

On relèvera la dernière phrase du roman qui rappelle la mort de Mireille d'une insolation : « Les filles de chez nous veulent toutes du soleil pour mourir ».

 

« Audiberte », c'est aussi un hommage à notre région gardoise dans le triangle, Pont du Gard, Sernhac, Meynes.

Ecoutons Daudet : 

« … Sernhac et un endroit de modeste apparence, perdu sur les rives du Gardon, ayant d'un côté la rivière, et de l'autre de grandes roches éboulées couvertes de bruyère rouge... »

« … A la fête votive de Sernhac, les garçons étaient les plus vigoureux et les plus adroits : les filles les plus belles et les mieux coiffées... vêtues comme des Arlésiennes, dont elles ont le type grandiose,... vrais modèles antiques dont le visage est en harmonie avec le paysage.  Les lutteurs se firent inscrire. Ils étaient au nombre de huit. Il y en avait de Bezouce, de Montfrin, de Marguerittes, de Redessan et de Meynes. Pascal se présenta pour Sernhac... A la fin de la troisième journée, il ne resta plus qu'un rude gaillard de Montfrin et encore Pascal ».

 

 

Le Pont du Gard y est magnifié : « ...Quand on remonte le Gardon, et qu'on a passé un gros village, du nom de Remoulins, on aperçoit tout à coup, au tournant d'une colline, le Pont du Gard, ce vieux romain, debout entre deux montagnes. La masse énorme de ses pierres grises se détache vigoureusement sur le paysage, et la rivière glisse lentement sous ses arches comme un fil d'argent entre les jambes d'un colosse. »

 

Quant au Gardon, tantôt calme :

«... les derniers rayons du soleil, le teignaient d'or et de carmin ...»

« ...d'un côté de la rivière de grandes roches éboulées et de l'autre, des coteaux chargés de vignes et d'oliviers.... »

Tantôt en colère :

« ...Le père Fortunat avait été ruiné par deux inondations consécutives...

de nouveau : lis aïgo ! lis aïgo ! Les eaux viennent d'Anduze, les ponts sont emportés, avant un quart d'heure, nous serons envahis... » Audiberte.

 

LA CANICULE

« On était à la fin d'août, le mois des journées étouffantes ; l'atmosphère était de plomb, et, quoique près de se coucher le soleil brûlait comme un fer rouge, les feuilles des arbres étaient immobiles ; il n'y avait pas un souffle d'air ; même à l'extrémité des plus hautes branches ; les ceps de la vigne, les châtaigniers semblaient se tordre sourdement sous une main invisible, et l'on eût dit que la moelle des chênes, comprimée par, la chaleur, allait éclater et fendre les troncs qui l'étouffaient. » AUDIBERTE

 

Renaissance d'AUDIBERTE

 

Avant-propos recueillis de Micheline Mougneau

 

Rare !... au sens précieux, comme à celui d'introuvable, le texte d'Audiberte n'avait jamais été édité , depuis sa parution, dans « Paris-Journal » en juin 1859.
Alphonse Daudet n'a pas encore 19 ans !

Deux ans auparavant, il a quitté sa terre natale pour la capitale et il pense à sa chère Provence « dont la musique lui chante le coeur ».

 

Au printemps de 1859, il a rencontré son ami Frédéric Mistral, venu à Paris à l'occasion du succès de « Mireille ».

 Le jeune Daudet, chroniqueur à « Paris-Journal », écrit « Audiberte », feuilleton en quatre parutions. Et puis, on l'oublie!...Le texte n'existe pas en librairie...

Alors, Micheline Mougneau se rend à la Bibliothèque Nationale à Paris.

 Voici son témoignage relaté dans le livre : « Alphonse Daudet, 100 ans déjà !. »

« Un parcours qui n'est pas sans encombres ! Il y a une longue file d'attente,  rue de Richelieu : on n'entre pas facilement dans le royaume du silence !

Il faut montrer patte blanche, avoir une carte de lecteur ou un laissez-passer officiel... Moyennant quoi, on vous introduit très lentement, « goutte à goutte », pourrions-nous dire, l'accès à la salle de lecture étant lié à l'attribution d'une place. Enfin, c'est votre tour de pénétrer dans cet univers de papiers, d'encres, de boiseries cirées, de lumière tamisée, de pas feutrés, de secrets bien gardés.

« … Une émotion m'étreint lorsqu'on m'apporte à ma place, avec précaution, les quatre exemplaires de « Paris-Journal » de 1859.

Grand format. Papier jauni à manipuler presque religieusement...Je tourne la première page en couleurs et voilà que m'apparaît le premier épisode d'Audiberte, avec comme une silhouette de jeune fille en costume provençal, en filigrane sous le texte. Est-ce mon imagination ? Et pourtant la photocopie reproduira ce détail mystérieux.
Ne serait-ce pas l'âme d'Audiberte que je suis allée réveiller de l'étagère où elle était endormie depuis cent trente-huit ans?...

Cette âme, vous la retrouverez vibrante dans les dessins de Madame Christiane Chamand-Debenest... »

 

Histoire

 

Etymologie de Sernhac

Le radical SER signifie chaînes de montagnes (sierra en espagnol).

En patois, SARRA signifie serrer dans le sens de fermer (serrure) et par extension péage.

Un des suffixes les plus usités pour former des noms de lieu est le suffixe latin ACUM.

Sernhacum deviendra Sernhac.

 

Ier et IIème siècle avant J-C.
Naissance de la Gaule Cisalpine et de la Province Narbonnaise.

Construction de la « Via Domitia » qui relie l'Italie aux provinces romaines en Espagne en empruntant la vallée de la Durance, traversant le Rhône à Beaucaire, longeant la côte languedocienne par Nîmes et Narbonne, jusqu'à Perthus.

 

Ier siècle après J.C

Construction de l'aqueduc d'Uzès à Nîmes, via Sernhac et ses tunnels.

 

 IVème siècle

Edit de tolérance de Milan. Liberté religieuse, égalité des droits. Restitution des biens de l'église.

Début des grandes invasions. Les Wisigoths s'installent dans l'Empire Romain avec l'autorisation de l'Empereur Valence.

Le christianisme devient religion d'état. Prohibition de tous les cultes païens.

 

 Vème siècle – VIème siècle

Prise et pillage de Rome par Alaric.

Les Wisigoths sont dans le sud de la France. Wallia fonde le royaume toulousain des Wisigoths.

Les Burgondes s'établissent sur le Rhône et la Saône.

Clovis conquiert le royaume Wisigoth. Théodoric l'empêche d'atteindre la Méditerranée.

En paiement de leur neutralité, les Ostrogoths abandonnent une partie de l'Alamanie et la Provence aux Francs qui atteignent la Méditerranée.

A la mort de Clotaire 1er, le royaume se divise en trois parties : l'Austrasie, la Neustrie, la Bourgogne.

 

 VIIème siècle jusqu'au IXème siècle

Clotaire II unifie tout le royaume. Edit de Clotaire : le roi s'engage à choisir les comtes parmi les terriens.

Dagobert 1er maintien l'unité du royaume. A sa mort, divisions, conflits entraînent le déclin du pouvoir Mérovingien, c'est le début du règne des maires du Palais.

Traité d'Aix-la-Chapelle (812). Charlemagne est reconnu Empereur d'Occident.

Le 28 janvier 814 : mort de Charlemagne.

 

Xème siècle jusqu'au XIIIème siècle

Hugues Capet est élu et couronné roi

Les rois se succèdent Louis VIII, Louis IX, Saint Louis, Philippe le Bel.

Un accord est conclu entre Philippe le Bel et Giraud, baron de Sabran et de Lunel, cousin du Roi pour la construction d'une voie entre Sernhac et le passage (bac) sur le Gardon, près de la Rouquette.

Gérard de Sabran est bénéficiaire des péages de Sernhac et Clausonne.

 

XIVème siècle- XVème siècle

Transfert de la papauté à Avignon.

Le viguier de Sernhac est issu d'une famille Rabasse de Remoulins.

Sernhac passe sous le pouvoir des Comtes de Crussol d'Uzès.

 

XVIème siècle

Fondation de la Confrérie des Pénitents noirs sous le titre de Notre-Dame de St Jean Baptiste.

Charles IX couche à Sernhac, le 11 décembre 1564, après avoir dîné à Beaucaire.

XVIIème

Le 23 janvier 1620, le Duc de Rohan (les Calvinistes) attaque Sernhac qui se rend.

1632 et 1642 : passage du roi Louis XIII.

 

XVIIIème XIXème

1859 Alphonse Daudet publie « Audiberte » dans « Paris Journal ».

 

XXème siècle

Les habitants de Sernhac étaient appelés les « coutets négro », (les cous noirs), peut-être parce que la majorité d'entre eux travaillaient dans les champs et que leurs cous étaient bronzés.

 

PATRIMOINE

 

Eglise Saint Sauveur de Sernhac

 

Sernhac était un lieu de passage et de contrôle sur la voie reliant la via domitia au gué de Ste Colombe sur le Gardon, au sud de Lafoux, pour rejoindre la voie romaine vers Alba (Ardèche) sur la rive droite du Rhône.

 

Le 6 août 736, Charles Martel remporte une victoire sur les Sarrasins dans le quadrilatère Sernhac, Fournès, Montfrin, Meynes et les repoussent vers Nîmes (califat de Narbonne).

En reconnaissance de cette victoire, Charles Martel ordonne la construction d'une chapelle à chaque coin du champ de bataille. Celle de Sernhac est dédiée au Saint Sauveur.

En 1861, le clocher de l'église est coiffé d'un dôme surmonté d'une statue de la Vierge.

 

Epoque Romaine

 

Les tunnels de la Perrotte et de Cantarelles.

 

Sernhac a la chance de posséder au vallon des Escaunes, deux tunnels, vestiges du célèbre aqueduc qui apportait d'Uzès à Nîmes l'eau de la fontaine d'Eure, pour le bien-être des Romains.

Longs de 74 et 60 mètres, ces deux tunnels revêtent un caractère unique et important.
Les galeries creusées dans la falaise restent... On peut voir les coups de piolets, les trous pour les lampes à huile, les erreurs de direction. Les romains ont fait serpenter le canal à travers les
collines, soit en montant des arches qui enjambent les combes, soit en créant des siphons, ou en creusant des tunnels.

 

Le lavoir du village et le lavoir de la Bégude

 

Le lavoir de la Bégude est édifié sur une source dont l'eau se jette dans le ruisseau de Bournigue qui vient de l'étang de Pazac.

 

Les Moulins

 

Les moulins des Aires et de Pignole (à vent)

Le moulin Cadenet (à huile)

Le moulin Audibert (à eau)

 

La Forge St ELOI

 

 Les Croix au lieu-dit les Baumes sur la colline du Tatier où il ne reste que les socles de trois croix.

 

Les norias

 

Les Puits romains et le puits communal

Dans la rue des Bourgades, les puits de certaines maisons passent à travers l'aqueduc.

 

La Porte Sarrasine

Le marché aux cerises

 

Les Capitelles

 

Sur les collines qui surplombent Sernhac, les promeneurs découvriront des capitelles éparpillées sur les terrasses.
Qu'il fait bon se reposer au cagnard contre les pierres sèches, et songer au travail colossal des ancêtres du XIXème siècle, devant tous ces murets, capitelles et clapas ! Plusieurs capitelles sont à restaurer : certaines, construites dans le muret, sont si petites que seule une personne peut y tenir, d'autres, ont une base ronde, ovale ou en fer à cheval.

 

L'Oppidum du Marduel

 

Sources : « Documents d'Archéologie Méridionale » par Michel PY et Claude Reynaud du Centre Archéologique de Lattes (Hérault).

Sources du livre « D'hier à aujourd'hui SERNHAC de Simone Cadenet et Marie-Laure Ravel.

Photos de Mr. ROUMEJON

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