Centre d’étude du XXème siècle

 

Centre universitaire Vauban - Nîmes

 

Université Paul Valéry - Montpellier

 

 

Je voudrais à mon tour, au nom du Département de Lettres Modernes que je représente, dire à M. Segaud combien nous sommes heureux de pouvoir offrir à la Fédération « Alphonse Daudet cent ans déjà » l’hospitalité de ces murs, et cela pour plusieurs raisons.

 

Cette journée est d’abord une nouvelle occasion de jeter des ponts entre la Ville et ses associations et l’Université, dont la vocation est aussi de faire passer auprès d’autres publics que les étudiants qu’elle forme, les résultats de sa recherche.

En témoigne, ici à Nîmes, le succès d’affluence et d’intérêt que connaissent les mardis de l’Université, lancés l’année dernière selon le principe de Conférences mensuelles par l’ancien conservateur de la Bibliothèque, Madame Quinette.

 

Mes remerciements vont aussi à la Fédération Alphonse Daudet pour son initiative, puisque c’est elle qui a proposé la tenue de ce colloque à Nîmes, ville natale de l’écrivain, et en a très largement assuré l’organisation et la publicité.

Peut-être faut-il confesser qu’elle supplée ainsi à une défaillance de notre Université, injustement oublieuse en cette année de célébration du Centenaire, de la popularité d’un écrivain d’envergure.

 

Il me faut en l’occurrence excuser l’absence, parmi les intervenants, de membres du Centre d’Etudes romantiques et dix-neuviémistes de l’Université Paul-Valéry, empêchés par un calendrier de fin d’année chargé de prendre part activement à cette journée d’études décidée il y a trois mois. Je veux accueillir avec d’autant plus de chaleur mes collègues des Universités de Paris-X, Nanterre, Avignon et Aix-Marseille ainsi que Madame Chamand-Debenest, tous spécialistes de Daudet et les en remercier d’avoir répondu avec beaucoup de disponibilité aux sollicitations de la Fédération.

 

Permettez-moi maintenant de risquer quelques propos de non-spécialiste sur l’objet de ce colloque.

Pour ses contemporains, Alphonse Daudet n’est pas l’auteur des quelques ouvrages qui font aujourd’hui ses succès de librairie : les Lettres de mon moulin (1870), Le Petit Chose (1868) et Tartarin de Tarascon (1872). Il est un des maîtres du roman réaliste, d’importance égale à celle de Zola et des Goncourt, avec des romans qui, de Fromont jeune et Risler aîné en 1874 à Sapho en 1884, eurent un retentissement assez considérable. Ce romancier réaliste a été éclipsé par le chroniqueur et le fantaisiste des débuts, celui dont les oeuvres remaniées pour la jeunesse dès la fin des années 1870 par Hetzel (Le Petit Chose en 1878, Contes choisis en 1884) ont fixé de lui une image gentille et conformiste véhiculée tout au long du XXe siècle par l’école primaire.

 

Aujourd’hui encore, Daudet pâtit des préjugés véhiculés à la faveur de cette diffusion scolaire et qui ont été épargnés à Zola. Dans nos universités même, Daudet romancier n’est pas enseigné comme il le mériterait, et son nom est à peine mentionné dans nombre de manuels d’histoire littéraire destinée aux étudiants de Deug. L’accès à l’œuvre a été facilité pourtant par l’édition en trois volumes procurée en 1987 par M. Ripoll dans la Bibliothèque de la Pléiade, plus récemment par celle de Mme Dufief chez Omnibus (1997). Mais il n’a pas donné lieu à ce regain de faveur pour le romancier de la période réaliste que traduisent la tenue de colloques, la publication d’articles dans des revues généralistes et de monographies, la publication d’éditions annotées en collection de poche.

 

Il faut donc souhaiter que, dans la suite logique des manifestations du Centenaire, ce trop bref colloque contribue à faire redécouvrir l’importance et l’originalité de ce romancier là, naturaliste par son souci de l’observation exacte des milieux et son pessimisme, un peu moins par ses sujets, empruntés à la vie moderne mais sans excès de crudité, et par ce « don de l’expression personnelle » que Zola lui reconnaissait dans Les Romanciers naturalistes. Un romancier qui n’employa jamais pour son compte, du reste, l’étiquette militante de « naturaliste », et que le grand critique Ferdinand Brunetière, dans son étude sur Le Roman naturaliste (parution en volume en 1883), appelle « un impressionniste dans le roman ».

 

  Pierre Marie Heron

  Maître de conférences à l’Université Paul Valéry,

  Responsable du Deug de Lettres Modernes,

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