Inauguration de la plaque commémorative

« Alphonse Daudet », à Lasalle

 

21 Août 1999

 

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de la création du GROUPE DU MONT LIRON du CLUB CEVENOL, nous honorons aujourd’hui la mémoire d’Alphonse DAUDET, notre grand écrivain méridional, dont la FRANCE a commémoré l’année dernière le centenaire de la  mort.

 

Alphonse DAUDET ... Il ne m’appartient pas, ici et maintenant, en trop peu de temps d’en retracer la vie (1840 - 1897) et l’œuvre.

Cela a été fait ici et ailleurs, au cours de ces derniers mois. Vous pourrez le retrouver à notre exposition, au Centre François VIALA, et ce soir, à la lecture - spectacle des « Lettres de mon moulin ».

 

Je me contenterai de répondre à deux questions :

         Pourquoi cet hommage dans le cadre du CLUB CEVENOL ?

         Pourquoi à LASALLE ?

 

*     Pourquoi dans ce cadre ?

 

Parce qu’Alphonse DAUDET, auquel certains critiques, qui n’étaient pas ses amis, reprochèrent d’être devenu trop parisien, tandis que d’autres ne veulent voir en lui que le Provençal, ami de MISTRAL et des félibres, Alphonse DAUDET est d’abord CEVENOL, par ses racines profondes qui plongent, bien avant sa naissance, dans notre terre cévenole, côté paternel (les DAUDET) et côté maternel (les REYNAUD).

 

Alphonse DAUDET est né à NIMES, le 13 MAI 1840, dans une maison bourgeoise du Grand Cours (actuel Boulevard Gambetta).

 

C’est en 1775, peu avant la Révolution, que son arrière-grand-père paternel Jacques DAUDET, quitta, avec femme et enfants, le hameau de LA BIZE INFERIEURE, dans la paroisse de CONCOULES, aux confins des CEVENNES, du VIVARAIS et du GEVAUDAN, sur la voie REGORDANE.

La famille s’installa à NIMES, dans le quartier ST CHARLES. Cet arrière - grand-père, illettré, était un modeste rachalan.

 

Le grand-père d’Alphonse, lui aussi, s’appelait Jacques. Il fut d’abord « taffetaïre » (taffetassier). Mais, par une vie de travail et d’épargne, il créa un atelier de tissage, et, d’ouvrier, devint patron.

 

Le père d’Alphonse, Vincent DAUDET, d’un caractère vif et emporté, aventureux, fantasque, « aimant les cris, la casse et le tonnerre », ne prospéra pas dans les affaires et finit par conduire sa famille à la ruine, au contraire de son frère Claude, qui, lui, fut un parfait commerçant.

 

Le 8 septembre 1829, Vincent, à 23 ans, épousa en l’église ST CHARLES, MARIE-ADELINE REYNAUD, jeune fille instruite, nature, rêveuse, passionnée de lecture, aimant la poésie et la musique : une âme de sainte, d’une mansuétude infinie, comme l’écrira plus tard son fils ERNEST.

Bien différente de son époux VINCENT.

 

Mais par ADELINE aussi, Alphonse DAUDET est cévenol. Car les REYNAUD étaient installés à la VIGNASSE depuis aussi longtemps que les DAUDET à CONCOULES.

LA VIGNASSE, près du bois de Païolive, aux confins du Bas-Vivarais et des Cévennes, en terre catholique et autrefois royaliste.

 

Mais les REYNAUD étaient d’une condition sociale au-dessus de celle des DAUDET, et le mariage de MARIE - ADELINE avec VINCENT ne fut pas sans poser quelques problèmes, la belle-mère n’étant pas d’accord.

 

C’est le grand-père maternel d’Alphonse, Antoine RAYNAUD, qui s’installa à NIMES, venant de LA VIGNASSE, en 1795. Il y pratiqua le commerce des soies et son entreprise prospéra.

 

Ainsi avons nous répondu à la première question : Alphonse DAUDET est bien d’origine Cévenole. Du sang Cévenol coule dans ses veines. Et, vous le savez, rien de ce qui est Cévenol n’est étranger au Club Cévenol.

 

*     Mais pourquoi à LASALLE ?

 

Parce qu’il y vint, sans doute plusieurs fois, et y séjourna de façon certaine en AOÛT-SEPTEMBRE 1857, chez sa cousine MARIE-ANTOINETTE GIBELIN, dans une des maisons qui nous entourent.

 

Nous devons refaire un peu de généalogie.

 

Nous avons vu que VINCENT, père d’Alphonse, avait un frère CLAUDE, qui était donc l’oncle d’Alphonse, et qui, lui réussit dans les affaires de soieries.

Cet oncle, qui épousa Irma DAVID, mourut avant la naissance d’Alphonse.  Mais les trois enfants de CLAUDE et IRMA furent trois cousins très proches d’Alphonse :

 

         1 garçon, LOUIS-HIPPOLYTE, qui épousa en 1851 OCTAVIE AMBROY, native de FONTVIEILLE, qu’Alphonse appelera « La belle provençale », et grâce à laquelle il connut le fameux moulin, et 2 filles :

         MARIE-ANTOINETTE, née en 1829, qui avait un gosier de fauvette, et fit ses études à MILAN, dans un établissement religieux : ce sera « MARIA, la prima doña ».

         JOSEPHINE, née en 1832, la plus jeune, celle qu’Alphonse appelera « la miss anglaise » à  cause de ses cheveux blonds (ou « la gracieuse miss »).

C’est à ces trois cousines, OCTAVIE, MARIE-ANTOINETTE et JOSEPHINE qu’Alphonse dédia « La perle des Vallons » ...

 

Or, il arriva qu’en 1850, Marie-Antoinette DAUDET épousa Pierre-Henri GIBELIN filateur et commerçant en soies à LASALLE.

Le ménage vécut à LASALLE, ainsi que ses descendants, et les générations d’aujourd’hui restent fidèles à notre village : nous saluons leur présence, qui nous honore.

 

Leur premier enfant, Pierre Alexandre Louis GIBELIN naquit à LASALLE le   24 mars 1851.

Alphonse DAUDET lui dédia l’un des poèmes de sa prime jeunesse : « Les petits -enfants ».

Plus tard, ce Louis GIBELIN sera un des fondateurs du groupe du MONT LIRON du CLUB CEVENOL.

 

Alphonse DAUDET, à BEZOUCE, à NIMES, à LYON, vécut une enfance et une adolescence un peu cahoteuses, émaillées de joies et de peines, conséquences des déboires économiques de l’entreprise paternelle.

 

En Avril 1857, à 17 ans, élève du Lycée AMPERE, à LYON, il dut quitter ses parents, et accepter un poste de maître d’études au collège d’ALAIS (le SARLANDE du « Petit Chose » ... Il nous dit qu’il y fut très malheureux. Est - ce bien vrai ?

Il y resta du 1 MAI 1857 jusqu'à la fin OCTOBRE de la même année.

 

Pour ses vacances d’été, du 10 Août au 7 Octobre 1857, Alphonse ne retourna pas à LYON, mais rejoignit à NIMES ses cousins, Louis DAUDET et son épouse OCTAVIE, et JOSEPHINE, pas encore mariée. Vers le 20 Août, tout ce petit monde quitta NIMES pour venir séjourner à LASALLE, chez les cousins Marie-Antoinette et Henri GIBELIN : à cette époque, déjà, les nîmois recherchaient au bord de la SALINDRENQUE fraîcheur, calme et repos.

Les GIBELIN possédaient dans le quartier de LA GRAVIERE, où nous nous trouvons, quartier cossu et résidentiel à l’époque, plusieurs maisons, le 131,       le 142, d’autres encore : Alphonse les fréquenta sans doute toutes.

 

Alphonse DAUDET, qui était probablement déjà venu à LASALLE, en a gardé d’excellents souvenirs, écrit-il à ses cousines en leur dédicaçant « LA PERLE DES VALLONS » ... Sa muse même s’en est ressentie ...

 

Dans la première édition des « AMOUREUSES », publiées à PARIS en 1858, chez JULES TARDIEU, trois poèmes peuvent être rattachés à LASALLE, par leur inspiration :

                   - « La perle des vallons », où LASALLE est citée en clair, et qui est un hommage aux trois cousines.

                   - « Les petits - enfants », écrit en Février 1856, dont la famille GIBELIN possède un manuscrit, daté et signé de la main d’Alphonse DAUDET, et dédié à Louis GIBELIN. Il est probable que ce poème ait été aussi dédié à d’autres petits cousins d’Alphonse. Ce poème figure dans l’album de Marie - Antoinette GIBELIN, et le clôture.

                   - Enfin « Les Prunes », le plus célèbre, remarqué par l’Impératrice EUGENIE, et qui a fait le tour du monde. Le verger inspirateur est certainement le verger des GIBELIN, qui leur appartient toujours, situé entre la maison du     n° 131 et la rivière Salindrenque.

 

Ainsi, comme l’a écrit Alain GIRARD dans son livre « Le Midi de DAUDET »,

 « Le soir, parfois, dans la luxueuse maison des GIBELIN, Alphonse, accoudé à la cheminée, récite des vers ?

Quelques mois avant les salons de la capitale, LASALLE aura connu les galops d’essais littéraires d’un jeune cheval fou qui, crinière au vent, mêlait déjà la réalité à son imaginaire ».

 

Trois mois plus tard, Alphonse DAUDET rejoignait son frère ERNEST à PARIS. Il ne revint jamais à LASALLE. Pour le jeune cheval fou, une grande carrière commençait ...

 

J’ai répondu aux deux questions posées en commençant. Et ainsi justifié notre hommage à celui qui a écrit.

 

« Et ce val bienheureux qui, dans ses creux profonds, cache, comme trois fleurs, la miss aux cheveux blonds, La doña de MILAN, la belle provençale, ce val, ce val d’amour, on le nomme LASALLE.

Oh ! Dites, n’est-ce pas la perle des vallons ? »

 

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