« Le village Alphonse Daudet »

 

Printemps des Enfants

 

Jardins de la Fontaine les 4 et 5 Avril 98

 

 

                   C’était un de ces matins de printemps où le ciel d’un seul coup avait viré au gris.

 

                   De derrière le mur quelqu’un que je ne voyais pas, comme s’il avait senti mon angoisse lança :

- Le Mistral se lève, il fera beau ! !

Je sortis de chez moi, allant vers la ville.

Et si la diligence de Beaucaire venait à passer par ici ? Fallait pas rêver, mais penser à cette belle journée, que le Mistral allait peindre en bleu et or.

 

                   Je crois que la chèvre de Mr. Seguin arrivant dans sa montagne n’eut pas un ravissement supérieur au mien.

 

                   Dès le portail des Jardins de la Fontaine franchi, elle est là mâchonnant quelques brins de paille, avec autant de délice qu’elle l’avait fait avec l’herbe verte et les digitales de sa montagne. C’est elle la vedette dans ce coin.

Elle y supervise tout son petit monde avec son air digne, ses grands yeux d’or fendus, si fendus qu’ils en paraissent presque clos.

 

                   Allant, on comprend que rien n’a été laissé au hasard dans ce Printemps des enfants avec le « Village A. Daudet ».

 

                   Les participants en costume d’époque Daudet, nous présentent les cents métiers d’un village de cette époque.

 

                   Le plus près c’est le vannier qui nous fabrique en plus de tous ses accessoires de ravissantes petites sorcières chevauchant un balai.

 

                   Puis, là, le char à banc de Beaucaire qui s’ébranle emportant des grappes d’enfants assis sur des bancs entre de grandes corbeilles fleuries, sous l’œil vigilant du charretier.

 

                   Dans l’allée le boulanger présente ses pains à l’ancienne, des pains si beaux qu’il nous semble en sentir l’odeur.

 

                   Sont même présents les petits « pâtés de Nîmes », gros bouchons de champagne, aux chapeaux bien ourlés, ils sont dorés et parfument tout l’étalage : ces « petits pâtés » dont Daudet raffolait, qu’il commandait à son charcutier nîmois qui les lui faisait livrer à Paris, et ainsi il réjouissait le cœur de ses soirées littéraires parisiennes.

 

                   Les boîtes de Brandade dont notre grand homme se régalait, sont rangées sur des étagères bien lovées dans des tissus provençaux. A l’époque d’Alphonse Daudet, seulement une seule marque représentait ce plat « réjouissif ».

A présent trois ; sûrement toutes issues de la même recette.

 

                   Mais à Paris tous ces mets délicats n’avaient pas le même goût qu’à Fontvieille dans le vieux moulin, car il y manquait ces parfums de garrigue qui venaient avec le Mistral frapper à la porte aux moment des repas.

 

                   Toutes ces « barbes à papa » que mangent les enfants sont comme de gigantesques houppettes qui leur font briller les yeux et les lèvres, et ajoutent du brillant à ce jour de gaieté.

 

                   N’avancez pas si vite : avez-vous goûté à la liqueur de Frigolet ?

Lorsqu’on en a bu on comprend pourquoi le frère qui la fabriquait en perdit la « boule » et se damna pour la vie éternelle.

 

                   « , vé, je l’avais pas vu » celui dont on a tant parlé, il est si haut ici le fameux moulin, qu’on le dirait venu faire une ballade depuis Fontvieille pour la grande joie des enfants.

 

                   Ce que l’on entend là, c’est un orgue de Barbarie qui égrène des rengaines anciennes, les notes viennent s’accrocher aux costumes de nos arlésiennes qui n’en paraissent que plus d’époque.

 

                   Alors là, il y a surtout des messieurs qui s’agglutinent, devant le stand où l’on déguste toutes les cuvées des vins Daudet.

Des caves de tous ces noms de villages où Daudet grandit et y vécut heureux.

S’il avait été là, c’est sûr que ces vins ourlés de rose, de rubis, et jaune diamant rose, auraient égayé également ses tables littéraires, certains vins le firent, mais ils étaient alors, issus de moins de technicité qu’ils le sont aujourd’hui, ils lui laissèrent tout de même de très bons souvenirs.

Levant un jour son verre au niveau de ses yeux il dit « regardez ce vin : à lui seul il est tout un paysage ».

 

                   Plus modeste, les pots de miel au nom de ces 1 000 fleurs de Provence ; tous bien protégés de la lumière par leur étiquette Daudet.

 

                   Dans un stand, l’intelligence et l’opportunité ont fait naître des mains de cet artisan de splendides Euros.

Le centenaire de Daudet sera ainsi immortalisé. Euro de collection ou Euro de souvenir.

 

                   Tous les libraires sont rassemblés pour nous faire découvrir biographies, oeuvres d’Alphonse Daudet, et sur les premières de couverture, Daudet n’est jamais le même.

 

                   Mais, l’exposition des peintres nous fixe un beau ténébreux, cheveux noirs, barbe et moustache finement peignées et ciselées.

M’attardant devant un de ces portraits, je pense que les poètes  ne devraient pas mourir, car ils décorent nos vies de couleurs, de rêves...

Dans tous les récits de Daudet on se découvre une âme d’enfant, et c’est pour cela qu’il est attachant, et sera éternel.

 

                   Plusieurs sondages et des concours littéraires furent effectués, dans des écoles différentes, des régions différentes, savez-vous des « Lettres de mon Moulin » l’histoire, que les enfants ont le plus illustrée, et celle qu’ils ont le plus retenue ? : « La chèvre », bien sur et « Le Secret de Maître Cornille ».

 

                   A présent des choeurs d’enfants de la charrette de Montfrin chantent en Provençal et sautent en cadence sur le podium de Radio Monté-Carlo encadré des marronniers en fleurs.

 

                   Monsieur Daudet dans son nuage là-haut voit combien on l’aime 100 ans après.

 

                   Le prochain centenaire personne ici présent ne le fera, mais moi assise à côté de Monsieur Daudet là-haut, car les nuages sont à tout le monde, je jugerai si la réussite en est une comme celle de 1998.

 

                   Ce fût un beau printemps pour le village A. Daudet grâce à tous ces gens de bonne volonté et d’intelligence car sans intelligence pas de création.

 

                   Ces quelques pages sont un hommage à Alain Reynard, le responsable et créateur du Printemps des enfants, qui nous a quitté en octobre 98.

Et un grand merci au Président Henri Segaud et son équipe de la Fédération « Alphonse Daudet, 100 ans déjà » qui a su nous faire vivre des moments très forts.

 

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