Nîmes : vendredi 28 NOVEMBRE 2008
CARRE D’ ART

La fédération « Alphonse DAUDET 100 déjà », née en 1997 devenue association « ÉTERNEL Alphonse DAUDET » reçoit ce jour Maître Gilbert COLLARD , célèbre avocat à Marseille ,
                    Il y a environ 70 personnes amis du club Richelieu et d’ Éternel A. Daudet » et plusieurs particuliers. Parmi ce public :

ü      M. Mme PRATS de BEZOUCE maire et sa femme élue également
ü        3 personne de Saint Alban AURIOL Nelly DUPLAN et Renaud MARC du musée la Vignasse et le maire adjoint
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2 ou 3 personnes du club Richelieu d'ALES:Gilbert CONSTANT, Max FOSSAC et Robert TILLIER
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Anne et Marc PETITJEAN de Falletans Jura (près de DOLE )
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Me DUNAN, Ginette DUMAS, de FONS , M. SILVESTRE
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 Mme ALLARD , Mr.Mme BALLEY, Robert GRIOT, Christiane CHAMAND et MAURICE, Micheline MOUGNEAU et....

Il faut d'abord préciser que :
notre ami et président Henri Segaud avait un jour été pressenti pour faire une conférence sur Daudet à Vichy pour la bonne raison que le duc de Morny ami de Napoléon III  avait une propriété dans cette ville d'où le lien avec des personnages évoqués dans l'œuvre de Daudet.

Dans le public de cette conférence, il y avait Maître Gilbert Collard  et rendez- vous fut pris pour venir à Nîmes parler de la
 

« Véritable histoire du NABAB » d' Alphonse Daudet

Pourquoi et à  quel titre ?
 

Après les présentations d'usage, voici le récit de Maître Gilbert COLLARD :

« François Bravey fut mon arrière-arrière grand père  et il a servi à  Daudet de déclic et de référence, pour lui inspirer et créer : son « Nabab ».

Les Bravey : famille bourgeoise ont 4 enfants. Le nom de Bravey vient de la branche maternelle de Maître Collard . Les liens familiaux avec l' arrière-arrière grand père sont plutôt conflictuels  car il est critiqué et aimé à la fois : Pourquoi ?

Par son titre de Baron de Schütz ?? et sa richesse colossale, le personnage est alors le prétexte d'une certaine fierté qui effacent ses débuts de simple quincaillier.

C’est pourquoi dans la jeunesse de Gilbert Collard , on parle peu de l'arrière grand père  et, par le lien de sa vie avec Daudet, on n'aime guère non plus l'écrivain .

Pourtant le petit Gilbert rêve des exploits de ce fantastique aïeul car on évoque quand même parfois, sa mémoire avec des récits très rocambolesques !

Riche, très riche, François Bravey l'était ! N'avait-il pas fait des reconnaissances de dettes pour les Rockefeller, prêté de l'argent aux Rothschild etc...

Quant à Alphonse Daudet, il va prendre l'histoire réelle de Bravey pour la transformer, l'intituler : « Le Nabab » et vendre la vie du grand-grand père en 12000 exemplaires en moins de trois mois, roman qui suscitera certaines polémiques autour du sujet. Ce qui sans doute contrarie la famille de voir leur vie privée ainsi livrée au public ! Bravey et Daudet se fréquentaient …

Daudet aurait donc menti , puisqu'il il y a eu de l'argent entre ux. En effet , un exemple parmi d'autres Ernest,frère aîné d' Alphonse , et secrétaire particulier de Bravey, le confirme et rapporte que contrairement à ce qu'affirmait Daudet, ( je rappelle ce que Daudet disait de Bravey : qu'il ne l'aurait « qu’entrevu… juste le temps de le juger, le plaindre et le peindre » ) ...François Bravey et Daudet  se voyaient régulièrement et  Bravey avait aussi contribué à la carrière de Daudet.

De son côté , son fils , Léon, rapporte que son père qui  avait aidé à financer le journal « la France juive » s’opposait à Drumont bien qu'ils fussent amis , car Drumont disait à propos du «Nabab » et de l'inspiration d’Alphonse pour ses œuvres, qu’il était incapable d'inventer et qu’il lui fallait un fait réel pour débuter une histoire !!  (ce qui pour moi, n'est pas un si grand défaut, car pour faire une œuvre il y  a en principe toujours un déclic de vie !)

Que Léon aussi cherchait à cacher la folie de son père - (oui mais jamais Daudet ne fut fou, sa syphilis, le rendant seulement impotent !)

Et qu’en plus Drumont ? avait provoqué Daudet en duel , duel que Daudet, malade, n'aurait pu faire qu'assis sur une chaise !!......

Donc Bravey n'en reste pas moins un homme extraordinaire et le plus riche du monde , alors , comment cela a t -il pu se faire ?

Originaire de Pont Saint Esprit , très croyant il porte une dévotion à la vierge Marie, quincaillier honorable certes ! poursuit une vie ordinaire mais, quand sa banque fait faillite, la famille aussi fait faillite !

C’est alors pour lui, et pour cette époque  l'opprobre et le déshonneur ! !  Aussi la famille part à Paris .

Ils vivent chichement et un jour le grand père, personnage déjà plus qu'original veut bouger, partir ! mais il a très peu d'argent ! juste de quoi se payer un billet de bateau ! ce qu'il fait , mais, pour aller où ?

 

Il met alors le billet dans la soie de son chapeau , le fait tourner sur sa canne et comme au jeu de la roulette, quand le chapeau s'arrête de tourner, la providence donne au billet la direction du départ ,et, le grand père s'en remettant à son destin , ....

C'est alors vers l' Egypte qu'il part . Il y restera d'abord environ dix ans.

Nous sommes en 1850 , il a 32 ans

En Egypte il y a beaucoup d'anglais , ce n'est pas encore le protectorat qui se réalisera en 1880 et la France est elle aussi très présente .

Le personnage est psychologue, flatteur, capable d'être méchant mais fidèle en amitié comme en inimitié.

Il rencontre Saïd Pacha, il devient son ami et, comme ici la France aime l'Orient,  Bravey se sert des journaux pour faire parler de Saïd Pacha. Pour lui , c'est chose facile , ne dit-il pas : « qu' on peut acheter un journal, comme on peut acheter un journaliste ». Saïd Pacha est aux anges !

 Pour lui succéder, il a un fils : Mohamed Pacha, mais celui-ci est obèse !

Bravey le conseille et entreprend de le faire maigrir , avec des régimes et de l'exercice entre autre de l' aviron.

Il réussit ainsi à s'en faire un ami intime, et Bravey l'accompagne dans ses folies et ses dépenses, jusqu'à ce que les difficultés d'argent du prince se fassent sentir !... Que faire ?

Et c'est là que la fortune de Bravey va commencer.

Il fait d'abord des décrets pour retarder les échéances du prince, et surtout, il fait émettre des bons du trésor. Ce qui est nouveau et génial !

Il passe alors maître dans leurs émissions, devient ministre des finances, participe au creusement du canal de Suez avec Ferdinand de Lesseps et, de plus, fournisseur des chaussures pour les armées d' Egypte. Ce détail par contre fut un fiasco ! qu'importe !! Comme le journal « le soleil» défend la francophonie en Egypte, cela lui procure aussi gloire et honneur dans ce pays .

Et Bravey ne cesse de s'enrichir....,.mais quelle est sa vie de famille ? Madame Bravey, quant à elle , ne suit pas son mari en Egypte , « elle dérange ! » soit disant ?

Revenu en France ,avec cette colossale fortune, commence alors une période inouïe pour François Bravey !! car il a tellement d'argent il ne  sait qu'en faire : exemples

Arrivé à la gare de Lyon , il fait dérouler un tapis de la gare à sa demeure!! Mais il donne aussi beaucoup d'argent aux petits et à tout ceux qui lui en demandent. Cela, on le retrouve dans le roman d'A. Daudet.

Cette générosité le rend populaire, il décide alors de faire de la politique( rien de tel pour se faire des ennemis !! sic M. C.)

Il se présente dans le Gard et est élu conseiller général avec 2300 voix contre 1400 sur les 3855 habitants de Pont Saint Esprit. Il achète à Donzère... le château de Bello.

Et, il veut aller plus loin, il brigue la députation et il sera député, mais il soulève aussi une tempête: car ...élu invalidé , recours, validé élu…

Et il se représente à nouveau idem : élu , invalidé , recours, revalidé et réélu .. et cela trois fois !!!
Pendant son absence d' Egypte , les liens se sont un peu distendus : Ismael est au pouvoir et retourné en Egypte , il le met  dans sa poche. 
A ce moment là, commencent des travaux pour moderniser l' Egypte mais c'est alors curieusement que Bravey laisse tomber.

Précision : Bravey , une fois les choses obtenues , les laisse tomber et pour tous ses succès : idem
Peut être que cela tient à son caractère (idem pour son descendant ? sic M.C.)


Une autre anecdote : un ressortissant français est l' amant de l'épouse d'un lord anglais. Pugilat et dispute du mari et de l'amant , et procès , visant la communauté française en Égypte !
L'anglais veut la condamnation, du français qui demande à Bravey de le défendre !!
Alors, celui-ci va au tribunal, un peu gonflé, pour défendre le français,  disant dans son discours , sa plaidoirie dirons-nous,« qu'un pays qui accepte d'être dirigé par les femmes est un pays d’enfant ! »
En retour de cette audace, il est nommé « député des français d' Egypte » … parce qu'il avait été capable de remettre à sa place un anglais !!!
Des souvenirs de sa personnalité restent encore vivants au CAIRE, une plaque porte son nom et il a un musée .

Il fut un homme d'argent, un homme, de culture, différent de celui de Daudet !!! capable d'avoir utilisé et domestiqué les travers d’une époque !!!

Il meurt à Pont Saint Esprit à 75 ans , et, comme dans Daudet, abandonné de tous ! Il possède un mausolée  et selon sa volonté à l'époque  pour héberger aussi les dépouilles des gens démunis .
Deux générations après : que reste-t-il de François Bravey pour sa famille ? et particulièrement pour Maitre Gilbert Collard ?

Des souvenirs  certes ! mais pas d'argent !


Nasser ayant nationalisé le canal, bien qu'ayant eu beaucoup de bons du trésor, leur valeur s'est envolée ! donc aucune richesse de l'immense fortune évoquée !!


Un portrait, de nombreuses lettres, ses armes sur une bague qu'il porte et une petite croix de diamant qu’il porte également
issue d'une grande, (partagée en différents morceaux dans la famille !)

Et une personnalité hors du commun qui fait partie du « patrimoine »
de la famille Bravey-Collard qui illustre avec leur ancêtre cette devise, du comte de La Rochejaquelein

« Si j'avance, suivez moi, si je recule ,tuez moi,
si je meurs, vengez moi ou (plaignez moi ? ) »

Propos recueillis par Christiane Chamand–Debenest                    Retour en page d'accueil